LINO, un projet d’un autre temps

Contribution de l’association en quatre parties :

1. Les champs captants

2. Les catiches

3. Les carrières, la biodiversité

4. Conclusion : la LINO, un projet d’un autre temps

1. Les champs captants


La protection des champs captants est-elle devenue une variable d’ajustement pour tout grand projet routier ou immobilier ?

Sur la Tranche Fonctionnelle 1 (TF 1) et notamment sur les Bassins Versants 1 et 2 (BV1 et BV2) , le tracé de la LINO  traverse une zone qui est simultanément une zone agricole et zone incluse dans l’Aire d’Alimentation des Captages (AAC).

Les enjeux environnementaux sont donc de taille !

Les études et observations de l’autorité environnementale et de l’hydrogéologue agréé pointent à plusieurs reprises une imprécision inquiétante de la description des travaux ainsi que  l’absence de questionnement sur les possibilités d’évitement. Elles imposent des modifications destinées à sécuriser et améliorer le projet mais on peut quand même s’interroger sur plusieurs points :

- Le mitage d’une grande zone agricole et l’urbanisation forcément induite sur le secteur BV1 par les effets conjugués de l’aménagement du chemin vert, du giratoire sur la LINO et du tracé de la LINO entre la sortie de la carrière et la rue Ambroise Paré.

De part et d’autre de ces nouvelles voies, se construiront inévitablement maisons, immeubles et locaux d’entreprises.

L’artificialisation des terres a déjà, hélas, commencé dans tout le secteur d’Eurasanté mais la LINO achèvera de façon définitive et irréversible la disparition de ces grandes surfaces agricoles. et même
si la transformation du chemin vert en route a été repoussée pour l’instant, il est indiqué que les études de faisabilité continuent afin de permettre la réalisation éventuelle d’un nouveau projet immobilier !

Il est illusoire ici de parler de compensation !

- Le projet est certes en dehors du périmètre des champs captants mais il est bien inscrit dans une zone de vulnérabilité forte de l’ AAC. Ce que soulignent les rapports de l’Autorité Environnementale (AE) et de l’hydrogéologue. (Cf p7 du rapport de l’hydrogéologue et carte du zonage de l’AAC en p177 de l’étude d’impact). Le projet tente sans doute de réduire l’impact mais face à la nécessité de préserver la ressource en eau , est ce vraiment raisonnable d’envisager un bouleversement de cette ampleur ?

- L’extrême diversité et technicité des noues prévues pour la gestion des eaux pluviales de ruissellement sur les routes, posent le problème de la résistance au fil du temps, de la fiabilité de l’entretien et du coût que cela représentera.

Le PLU2 (Plan Local d’Urbanisme 2) datant de 2020 impose de surcroît une contrainte plus forte pour la protection des zones de vulnérabilité forte puisque la gestion des eaux de ruissellement doit se faire
à l’aide de noues imperméabilisées. Ce que les études ne prennent pas en compte puisqu’elles datent pour l’ensemble d’avant 2019.

- La gestion des pollutions accidentelles et les procédures d’astreintes semblent sur le papier parfaitement planifiées mais dans la réalité, qu’en sera-t-il ?

Par ailleurs, le délai maximal d’intervention prévu est de 4 à 6 heures après constatation de l’incident mais rien ne dit que les incidents seront décelés dès leur survenue . Or, d’après le rapport de l’hydrogéologue,
les réparations doivent être terminées avant que les eaux polluées se déversent dans la nappe phréatique .

- Le rapport de l’AE (Autorité Environnementale) signale également une sous évaluation du trafic routier et de son évolution. En effet, le principal argument est que l’augmentation des transports doux et des transports en commun entraîne une décroissance de la circulation automobile mais outre que ceci semble optimiste,
la diminution des lignes de bus contredit cet argument (suppression des lignes 10 et 12 et remplacement par la L5 dont le trajet fortement rallongé sur la porte des postes ne permet plus pour les gens de Loos
un trajet suffisamment rapide vers la gare ou le centre de Lille). Et à ce propos, il n’est nulle part question de l’augmentation de la pollution des sols par voie aérienne qu’engendrera nécessairement ce trafic.

- Enfin, le secteur TF1 étant en zone de vulnérabilité forte de l’AAC, le SCoT (Schéma de Cohérence Territoriale) demande que le projet n’entraîne pas une augmentation de trafic dans les zones (ici très proches) de vulnérabilité très forte ou totale. Il est souligné que le projet entraînera une attractivité accrue
de la D952 traversant Emmerin et Noyelles les Seclin, que le concepteur du projet propose de modérer par une augmentation des temps des feux rouges sur cette portion.

Ainsi, il est proposé de gérer la pollution de la nappe causée par le trafic par une autre pollution : celle engendrée par une augmentation de la consommation d’essence et des émissions de gaz d’échappement…

(Cf zonage de l’AAC en p 177 de l’étude d’impact)

- L’enquête ne fait pas apparaître le devenir du chemin de Flesquières que traverserait la LINO. Ce chemin permet l’accès piéton et cycliste depuis le parc de Loos vers le plateau de Flesquières, le parc de la Deûle,
la Canteraine, le parc Mosaïc, la gîte de Santes… privilégiant donc les déplacements doux et permettant
la liaison entre les espaces naturels de proximité. Il est primordial que la traversée de la LINO puisse se faire en toute sécurité.

En conclusion sur les champs captants : face à toutes les questions et les problèmes soulevés
par les professionnels, nous demandons que la portion du tracé joignant le bout de la carrière et la rue A. Paré soit complètement repensée. Il est clair que ce tracé était le plus facile à concevoir mais il est impératif d’envisager un tracé respectueux des aires naturelles (champs + eau) .

Nous demandons que la métropole s’engage, dans une démarche de compensation, à déclarer définitivement inconstructibles toutes les zones agricoles ou naturelles traversées par la LINO.

Nous demandons également que la zone située au sud de la rue Ambroise Paré à Loos soit sanctuarisée. D’une part du fait de la proximité des champs captants, ressource en eau vitale pour la métropole,
et d’autre part pour la préservation des terres agricoles. Le passage de la LINO risque en effet de pousser des entreprises à demander leur implantation dans cette zone comme cela a déjà été le cas. Des dérogations ont été accordées par le passé au prétexte qu’Eurasanté est un pôle d’excellence de la MEL. Nous pensons qu’il faut plutôt utiliser pour de nouvelles installations les surfaces déjà artificialisées dans la zone d’Eurasanté : construire sur pilotis au dessus des parkings actuels et peut-être mutualiser les parkings restants
en aménageant des parkings-silos.

Nous demandons également que l’aménagement du chemin vert en route soit définitivement abandonné.

2. Les Catiches sous la LINO

Une partie de la tranche fonctionnelle (TF1) de la Lino se trouve sur une zone classée en PER (Plan d’Exposition aux Risques) de Loos, or c’est une zone dans laquelle il y a risque d’effondrement
du à la présence d’anciennes carrières souterraines : les fameuses catiches.

Ces catiches sous la Lino sont situées sur une partie de la zone allant de la rue Ambroise Paré jusqu’à la carrière de Loos-Emmerin et aussi sous le chemin vert (prolongement du Bd de la République). Cela correspond à une grande partie du bassin versant 1 et une petite partie du bassin versant 2 : BV1 et BV2.
La vulnérabilité au risque d’effondrement est classé « moyenne » sur une partie et « forte » sur une autre partie.

Nous sommes confrontés à 2 textes réglementaires pour faire une approche de ce problème :

- Le PER, datant de décembre 1994 indique la nécessité de combler les catiches pour tout projet de construction ou d’aménagement en leur périmètre :   des remplissages partiels sont prévus pour le franchissement des catiches, avec la pose de dalles reposant sur la tête des catiches et par la réalisation
de radiers en béton ;   le PER permet des fondations profondes pour consolider l’ensemble, si besoin.

- Le PLU 2 de 2020 a classé en zone AAC2 une surface bien plus grande que le périmètre du P E R.  Le PLU 2 ne permet pas, de fait, le comblement des carrières souterraines car des fondations en béton profondes constitueraient de véritables murs hydrauliques défavorables à l’infiltration de l’eau dans cette zone classée aire d’alimentation de captage (AAC 2).

Il y a donc opposition entre les travaux prévus pour la zone catiches et le PLU2 !

Autre point soulevé : l’avis de l’hydrogéologue se base sur le PER et non sur le PLU 2 (2020) et indique que toute infiltration des eaux de ruissellement au dessus des catiches est interdite, ce qui amène à construire des noues imperméables pour ramener toutes les eaux de ruissellement (au dessus des catiches) dans des bassins d’infiltration en dehors du périmètre PER, bassins qui se trouvent eux, tous  en zone AAC2.

Or dans le PLU 2 en page 43 est indiqué que pour les zones AAC2 : est possible  – La création de nouvelles infrastructures routières, si elles permettent la desserte des zones existantes et sous réserve qu’elles répondent aux hautes performances environnementales : ouvrages de collecte des eaux de ruissellement étanches et mise en œuvre de bassins de tamponnement, infiltration après dépollution…

Donc pour toute la zone AAC2, il doit y avoir des ouvrages de collecte des eaux de ruissellement ETANCHES et non pas seulement la zone au- dessus des catiches, ce qui change tout le plan des noues, les volumes des bassins de rétention et aussi leur emplacement ! et lorsque plusieurs textes réglementaires imposent des contraintes différentes, ce sont les plus récents et les plus exigeants qui prévalent. Dans notre cas : le PLU2.

De plus, le PLU2 demande la mise en œuvre de « bassins de tamponnement avec infiltration, après dépollution ». Or la dépollution de l’eau des bassins n’est pas du tout suffisante, même avec l’ajout de 30 cm de sable préconisé par l’hydrogéologue. Aucune étude n’est présente dans ce dossier pour valider cette « dépollution » avant infiltration dans le milieu naturel. Sans cette étude, le risque de pollution de la nappe
ne peut être levé !

Dans le secteur du chemin vert, il y a aussi des carrières souterraines dont une s’est effondrée, ce qui donne l’accès à l’hibernation des chauve-souris.

- Si cela s’effondre naturellement sans route, le risque sera bien plus fort avec le passage de la LINO avec voitures et camions, vibrations… même si des dalles, et des radiers, et des fondations sont prévus.

- Il est indiqué que des compensations seront faites pour remplacer les ouvertures de catiches.
Rien n’indique la description de ces travaux…

- L’aspect patrimoine des carrières de Loos n’est que très peu évoqué, ni la culture encore toute récente de la barbe de capucins. Cette culture pourrait pourtant être valorisée par la structure de la fabrique de l’emploi dont le terrain de production se trouve  actuellement à quelques mètres d’une entrée de catiches.

3. Les carrières et la biodiversité

- La dite « amorce », barreau des Oliveaux, c’est à dire le raccordement entre la LINO et le sud de ce quartier, est juste évoqué. Dans la cartographie globale du projet (page 6), le tracé apparaît dans les voies nouvelles mais sans aucune étude technique sur l’ensemble des documents.

Un point positif : la LINO et et son raccordement aux Oliveaux ne coupent pas les carrières mais les contournent en tentant de limiter leurs impacts en évitant les champs captants
et par un aménagement de zones vertes « tampons » sur la périphérie des anciennes carrières d’Emmerin.                                                                                                                                       Mais le passage entre les deux carrières, en dessous du pont à proximité de Lycée Duhamel, marque toujours une cassure entre les deux parties. Il est même renforcé par l’accès pour les camions d’une entreprise privée avec la création d’un nouveau pont vers la carrière, alors qu’une simple chicane est prévue pour le chemin donnant accès au plateau de Flesquières. Quelle différence de traitement !

- L’étude concernant la situation actuelle de la faune et la flore porte principalement sur les dites carrières A (entre le pont de la rue Guy Mocquet et Haubourdin) et B (entre le pont de la rue Guy Mocquet et le chemin de Flesquières à coté du parc de loisirs de Loos). Il y a un flou sur l’avenir effectif de ces deux zones, l’avenir est très dépendant des concessions d’exploitation de la société Ramery.

« Selon l’arrêté préfectoral d’exploitation de la carrière A, l’ensemble du site d’exploitation, a été remblayé au niveau minimum des terrains environnants » (page 131), ceci est  faux ! la société a construit une colline d’environ 20 mètres de haut.

Ceci est aussi la zone d’ombre de l’enquête : la société a pris beaucoup de liberté par rapport aux objectifs initiaux de « combler », une partie de la végétation de la carrière A  a été d’ailleurs récemment détruite.

Mais que va devenir la carrière B si riche de sa biodiversité ? Le courrier de la société Ramery est un habillage « greenwashing »  qui cache l’objectif de faire un profit maximum en outrepassant les conditions d’exploitations qui étaient bien floues à l’origine…

- Les études insistent bien sur la richesse en biodiversité des anciennes carrières. Elles sont multiples et très bien argumentées, cf l’étude ancienne du Groupe Ornithologique et Naturaliste du Nord Pas de Calais et celle plus récente de Entrelianes…

- Il est oublié aussi (comme dans l’enquête ANRU des Oliveaux) l’impact de la LINO sur l’ensemble de la métropole sud et les espaces naturels : le plateau de Flesquières, les champs captants, parc mosaïc, la trame verte, la trame bleue.

- La faune : il est observé principalement des crapauds communs, une très riche colonie de Goélands cendrés (p132); une colonie d’Hirondelles des rivages, des hérissons d’Europe, des chauves-souris (p133), etc.

Dans l’étude, il est dit que la création de la LINO va réduire la surface favorable à l’alimentation des chauves-souris. Elle va également créer une rupture de la connexion du Parc de Loos, les catiches et les zones faiblement urbanisées présentes au sud de Loos où gîtent les chauves-souris.

- La flore : Les carrières sont composées d’espaces de prairies qui évoluent vers des espaces riches en fourrés et arbustes. la friche est aussi riche d’espaces boisés comportant de nombreuses espèces telles que les saules, érables, charmes, frênes communs, hêtres, pruniers merisier, chênes pédonculés, etc.

Une plante protégée à l’échelle régionale a été observée : la Gnaphale jaunâtre (Gnaphalium luteoalbum).

Les études concernant la faune et la flore avant le projet sont souvent bien faites et précises mais les impacts suite à sa réalisation des travaux environnants sont souvent minimisés tel que cela est mentionné dans les avis, principalement la Commission Nationale de la Protection de la Nature et l’Autorité Environnementale…

 

4. Conclusion : la LINO, un projet d’un autre temps

Le projet de la Lino qui a certes demandé un gros travail en amont, se trouve aujourd’hui confronté à d’autres réalités, notamment le dérèglement climatique.

Ce projet de route (même bordée de voies de liaisons douces et limitée de 30 à 70km/h) est un projet d’un autre temps. En effet, chacun sait bien que la création de nouvelles routes amène toujours plus de circulation, de bouchons et de pollution ; en l’occurrence ici, en plus de desservir le CHR, la LINO servira de liaison entre l’A1 (Seclin) et l’A25 (Sequedin) en tant qu’itinéraire de délestage sur toute une zone de champs captants AAC1 (Noyelles les Seclin, Emmerin…) ! Or la législation récente interdit la construction de route sur zone AAC2 favorisant un accroissement de circulation sur une zone AAC1 .

Devant l’augmentation de la pollution dans le secteur de Loos proche de l’A25 (voir indices et cartes Atmo),
il est temps de changer de mode de vie et d’arrêter ce système du « tout voiture ».

Il faudrait une vision plus large et plus globale du déplacement sur Loos et la métropole, en favorisant l’accès au CHR par des trains + vélos, ou covoiturage, métro ou bus… il aurait fallu prévoir la création du futur tramway au lieu de la LINO.

Le développement d’Eurasanté a été conditionné par la création de la LINO, mais il faut absolument stopper ce développement sur les zones classées AAC2 depuis le PLU2, pour protéger la nappe phréatique ;

Le projet de LINO a été défini d’utilité publique en 2014, mais depuis cette date, les choses ont changé : il y a eu le PLU2, la loi sur l’eau, le Plan Climat-Air-Energie Territorial… Or la partie TF1 de la LINO (et la moitié de TF2) passent sur des terrains classés AAC2 (aire d’alimentation des champs captants) sur des zones de vulnérabilité forte ! bien sûr des mesures de protection seront prises pour protéger la nappe phréatique, et traiter les eaux de ruissellement (certaines d’ailleurs posent question..), mais il y a toujours des risques même s’ils sont minimisés… et que se passera-t-il en cas de défaillance et de pollution de notre réserve en eau ?

Quelle est alors l’utilité publique ? le projet de LINO ou la préservation de notre ressource en eau, de notre environnement ?

Il est à noter que toutes les expertises pour construire ce projet, et se trouvant dans les documents de l’enquête publique, ont été réalisées AVANT le PLU2, la loi sur l’eau, et le PCAET  (Plan Climat-Air-Energie Territorial) qui imposent de nouvelles normes. Elles ne sont donc plus d’actualité, ni compatibles avec l’urgence écologique.

Faut-il rappeler que grâce à la mobilisation citoyenne, l’Etat vient d’être condamné récemment pour inaction devant le dérèglement climatique, et que s’il y a un problème avec notre réserve d’eau suite à ce projet,
il pourrait être condamné pour écocide ?

L’Etat doit prendre ses responsabilités et abandonner ce projet avant qu’il ne soit trop tard.

 

Pour toutes ces raisons, l’association écoLoos émet un avis défavorable

 

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